Messieurs, votre problème ça n’est pas le féminisme, mais le patriarcat !

Il est un discours qui a de plus en plus de résonance dans les médias et sur le web. Grossièrement, la montée du féminisme serait responsable des injustices croissantes que subissent les hommes, voire même ceux-ci seraient aujourd’hui plus discriminés que les femmes. Il y a dix ans, il n’était considéré que comme les élucubrations de types peu recommandables, j’ai nommé les masculinistes. Mais depuis les actions retentissantes d’associations comme SOS PAPA (les pères divorcés montés sur des grues pour réclamer la garde alternée, c’est eux), il est repris partout et par tout le monde, malheureusement avec trop peu d’esprit critique.

C’est qu’il y a maldonne – comme trop souvent – sur la définition du féminisme: on se battrait pour que les femmes aient plus de droits que les hommes. C’est faux ! Les féministes dénoncent un système d’organisation sociale, le patriarcat, qui se caractérise par des opportunités, parfois même des droits, plus importants pour les hommes. Il en résulte ce qu’on appelle la domination masculine: une société dans laquelle le pouvoir est détenu, à tous les niveaux, par les hommes. Cette inégalité se perpétue grâce à un ensemble d’idées reçues et de stéréotypes qui caractérisent femmes et hommes, de règles, de barrières sociales, de comportements-types qui s’imposent aux deux sexes. C’est ce qu’on appelle le sexisme. Les femmes en souffrent plus, d’où la nécessité de faire progresser leur condition, pour qu’elles et les hommes soient égaux en droits et aient les mêmes possibilités, les mêmes options dans la vie (il ne s’agit pas de transformer les femmes en hommes et vice-versa ou de n’avoir plus qu’un seul sexe, merci !). Voilà pourquoi on parle de féminisme.

Mais ATTENTION, les féministes n’ont jamais dit que les hommes ne souffraient pas eux aussi du patriarcat et du sexisme. Au contraire. Nous sommes parmi les premiers à déplorer que les hommes meurent plus jeunes, plus souvent de mort violente ou de maladies liées à l’alcool ou au tabac, qu’ils se suicident plus… Mettre fin au patriarcat et donc au sexisme, ce qui est l’objectif des féministes, leur serait donc bien utile à eux aussi, non ?

Il en va de même de ces « nouvelles » injustices que dénoncent les antiféministes. Elles ne sont pas la conséquence du féminisme et de sa supposée montée (franchement, je me déclare féministe au quotidien et je n’ai pas l’impression d’appartenir à la majorité, au politiquement correct), mais au contraire du patriarcat. Je m’explique, avec deux exemples:

– le premier, et le combat de SOS PAPA, est la garde des enfants. C’est vrai qu’aujourd’hui, dans l’immense majorité des cas (72,1% en France en 2010, un chiffre en baisse depuis des années, d’ailleurs, au profit de la résidence alternée qui met les parents sur un pied d’égalité – preuve que les féministes n’ont pas mis le grappin sur la justice), la garde est donnée à la mère en cas de divorce. Pourquoi ? Parce que, dans l’immense majorité des cas, le père ne la demande pas, tout simplement. Quand il la demande ou souhaite une garde alternée et que la mère n’est pas d’accord, se pose alors une question: qui dans le couple s’occupe le plus des enfants au quotidien, prend des jours de congé quand ils sont malades, s’occupe des rendez-vous médicaux ? Logiquement, c’est au parent le plus impliqué que devrait aller la garde. Or, ce parent est presque toujours la mère. Pourquoi ? Parce que la société est faite de telle manière que les mères ont plus les moyens de s’occuper de leurs enfants. On attend et on accepte d’une femme qu’elle sorte plus tôt du travail ou qu’elle s’absente ponctuellement à cause de ses enfants. Pour un homme, ça n’est pas la même histoire et, ça, c’est la faute du patriarcat !

– le second est celui des violences que subissent les hommes. En faisant des recherches pour une précédente note sur le sexisme sur YouTube, je suis tombée sur un YouTubeur en colère, Sam Pepper, qui regrettait qu’on en fasse autant sur les violences faites aux femmes par les hommes et aussi peu sur les violences faites aux hommes par les femmes. Un petit rappel statistique s’impose ici: les femmes sont trois fois plus souvent victimes de violences sexuelles que les hommes et parmi les hommes victimes de violences sexuelles beaucoup le sont par des hommes ; en 2012, en France, 146 personnes sont décédées, victimes de leur conjoint ou ex-conjoint, dont 121 femmes et 25 hommes ; en moyenne, une femme décède tous les 2,5 jours, victime de son conjoint ou ex-conjoint et un homme tous les 14 jours ; etc. Les chiffres expliquent à eux seuls cette différence de traitement. Sam Pepper pointe toutefois un fait intéressant: les hommes victimes de violences conjugales ou sexuelles ne sont pas toujours pris au sérieux, écoutés et protégés comme il se doit. Mais ça n’est pas, comme il le laisse entendre, la faute des féministes qui minimisent constamment la souffrance des « grands méchants hommes » (un rapide sondage dans les cercles féministes vous confirmera que nous sommes choqués par toutes les violences, quel qu’en soit l’auteur). Non, c’est encore la faute du patriarcat, qui laisse croire qu’un mec, un vrai, un homme digne de ce nom ne se laisserait jamais battre par une femme et que, quand bien même elle s’en prendrait à lui, il aurait forcément les moyens de se défendre.

Les féministes et ces antiféministes là devraient donc en toute logique se retrouver contre le patriarcat. Pourtant, ça n’est pas le cas. J’aimerais croire que, pour la plupart, ça n’est pas une question de mauvaise foi mais de désinformation. Je sais que je ne convaincrais pas les masculinistes purs et durs, ceux qui rejettent l’émancipation des femmes et refusent de les considérer d’égal à égale (si vous en voulez la preuve, jetez donc un oeil au film « La domination masculine » de Patric Jean) mais j’espère que ce billet pourra permettre d’y voir plus clair à ceux qui souscrivent un peu trop facilement à leur discours « officiel ».

R.

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6 réflexions sur “Messieurs, votre problème ça n’est pas le féminisme, mais le patriarcat !

  1. Louis Lapierre novembre 18, 2014 / 6:41

    Ce que je trouve navrant dans ton texte sont les petits pas de côté que tu effectue quand tu sais que tu as tord.

    Dans le cas de la violence conjugale, tu parle de violence en générale, et quand vient le temps d’avouer que dans le cas de violence non-réciproque, les hommes sont les victimes dans 70% des cas.

    Un des problèmes majeurs de notre féminisme moderne, est cet absolutisme mantra féministe que la femme doit être une victime. J’applaudi le fais que par la même occasion tu viens d’avouer que les hommes pouvais eux aussi être victime.

    Pour ce qui est de la fin du paragraphe, le problème n’est pas le patriarcat, ce démon qui n’existe pas, mais bien le fait qu’il n’existe pas de groupe d’étude des hommes dans nos université vendu au idéologie féministes. Et que ces groupe d’intérêt féministe se soulève et font du véritable harcèlement de ces hommes voulant se rassembler, il bloquent les accès, insulte les gens qui y assiste, vont même jusqu’à faire de fausses accusations. Ce n’est pas le patriarcat, c’est le féminisme qui fait ça.

    Les études féministes qui comme ton texte sont adroitement manipuler pour donner l’impression d’être impartial, et qui par un petit pas de coté, évite habillement de montrer son vrai visage.

    La réalité est que le féminisme refuse de prendre ses responsabilités, refuse de faire preuve d’intégrité et de franchises.

    Oui, on a besoin du féminisme mais on a aussi besoin du mouvement pour le droit des hommes, afin que l’un et l’autre s’équilibre.

    • Le ciel, le féminisme et ta mère novembre 18, 2014 / 8:49

      Monsieur,

      Contrairement à ce que vous supposez, je ne crois pas avoir tort. Je suis même convaincue à 100% par mes propos, sinon je ne les tiendrais pas, tout simplement. Et je ne vais pas non plus vous empêcher de tenir les vôtres, vous insulter ou je ne sais quoi.

      Il n’a jamais été question pour les féministes de priver les hommes de leurs droits, uniquement de permettre aux femmes d’avoir les mêmes droits et les mêmes opportunités. Et force est de constater qu’aujourd’hui dans l’immense majorité des domaines, les femmes n’ont pas les mêmes opportunités que les hommes. Les quelques exemples que vous citez ne permettent en aucun cas de prouver que les hommes seraient aujourd’hui opprimés.

      Quant à vos statistiques sur les violences conjugales, les études disent le contraire: « Alors que la majorité des hommes victimes de leur conjointe le sont dans un contexte de « violence situationnelle », qui renvoie soit à l’autodéfense de la femme, soit à la violence réciproque, soit à la lutte pour le pouvoir des deux conjoints »
      (En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/famille/la-verite-sur-les-violences-conjugales_485479.html#PGLgjdHtTcqm7Pvd.99).

      J’ajoute également avoir suivi des études dans le département de Gender Studies d’une université canadienne. Sachez que la situation des hommes était également enseignée et étudiée, notamment par des hommes.

      Enfin, le féminisme n’enjoint pas les femmes à être des victimes. Il constate tout simplement que les femmes sont plus souvent victimes de violences conjugales et sexuelles. Lutter pour changer cet état de fait me semble justement prouver que les femmes ne sont pas par nature des victimes mais au contraire des battantes. Le tempérament et le courage ne sont pas une affaire de sexe.

      Enfin, on a besoin du féminisme car il prône l’égalité, l’équilibre si vous préférez, entre les femmes et les hommes.

      • Augustin David décembre 10, 2014 / 6:20

        J’approuve énormément le fait que vous le vouvoyez tandis qu’il vous tutoie.

  2. ranyanya février 27, 2015 / 3:08

    (je précise que ce pseudo est celui d’un mec blanc, pas cis, pas hétéro, mais pas trans ou homo pour autant ; par choix, ma grammaire et mon orthographe sont usuels)

    Désolé, notre problème n’est pas plus le patriarcat qu’il n’est le vôtre.
    Le problème, c’est une évolution socio-culturelle européenne essentiellement axée sur la violence, l’intrusion dans la sphère privée et la volonté de l’étendre aux autres sociétés.
    Il y a maintenant suffisamment d’études juridico-anthropoligico-sociologico-… qui montrent des systèmes où le patriarcat n’opprime pas. Il reste bien sûr sur sa racine étymologique « paternaliste » (originellement, le -arkh -arhein signifie « veiller sur », cf l’Iliade), mais il n’a pas forcément évolué partout vers l’évolution de sa racine étymologique « commandement, autorité », amenant progressivement vers les états tentaculaires que nous connaissons aujourd’hui et qui oppriment effectivement enfants, femmes et hommes de manière indistincte (les statistiques ne servant que ceux qui préfèrent rester assis sur une chaise, alors qu’il serait bien plus productif de faire le boulot des travailleurs sociaux).

    Non, le problème n’est pas le patriarcat, c’est d’ailleurs une lubie féministe assez récente (60-70’s).
    Le problème, c’est le modèle des vertus initialement exposé par les philosophies, religions et politiques greco-romaines. Vertu ou « virilité » si l’on se réfère à son sens étymologique là aussi. Virilité qui n’est qu’un modèle parmi tous les modèles patriarcaux possibles. Et c’est le modèle européen qui, à force de guerres et de succès, a fini par s’imposer partout.

    Pourquoi je fais la distinction ? Parce que la vision féministe actuelle est ethnocentrée, blanche, dominante.
    Parce que je souhaiterais que le féminisme prenne une dimension plus large, plus intersectionnelle (milieu déjà phagocyté par ce féministe dominant qui refuse de la fermer et verse malheureusement trop souvent dans le « fém-splaining »). Que cette dimension permette de remettre le patriarcat occidental (et donc le féminisme occidental) à sa place, et qu’elle laisse le soin aux autres féminismes issus d’autres sociétés patriarcales de déconstruire eux-mêmes ces modèles.
    Parce qu’aujourd’hui, quand je parle à mes camarades qui ne viennent pas de notre culture, l’oppression vient toujours du blanc, féministe ou non, homme ou femme. Aussi archaïque soit notre vision de leur culture, il s’agit de leur culture, et ce n’est pas notre rôle que de la déconstruire. C’est le leur, et nous n’avons aucun droit de le leur ôter parce que nous nous estimons plus avancés. Notre rôle est de les soutenir et s’ils le demandent de leur fournir nos armes.

    Il est temps de passer à un autre terme que « patriarcat » et de parler des sociétés virilistes culturellement greco-romaines, cultures qui ont asservies au-delà du continent européen, mais qui n’ont pas effacé toutes les autres coutumes vaguement égalitaires qu’auraient pu produire d’autres patriarcats (exemples faciles : le patriarcat iroquois dont nos constitutions à volontés égalitaires sont issues, ou encore celui des celtes islandais).

    Il s’agit d’un souhait, car à force de m’être intéressé aux histoires des cultures, des idéologies,… j’ai remarqué que dès que le combat se situait au mauvais endroit, qu’il se voulait trop universel, il a échoué et a permis à la culture dominante de se maintenir dans le temps.
    Trop de siècles de luttes pour aboutir aux mêmes résultats. Car notre société n’a pas bougé d’un pouce depuis le XIXème siècle ou le XVIIIème siècle, les tabous sont les mêmes, on a juste inversé quelques rôles pour travestir en progrès des conservatismes.

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