L’homme est une femme comme les autres

Claire F., amie du ciel et du féminisme s’est penchée sur l’inversion des clichés. Bonne lecture!

Le concept de genre (en résumé, l’idée que le sexe biologique ne détermine pas l’identité homme/femme mais que celle-ci est le produit d’une construction sociale) a soulevé un débat affligeant à travers la classe politique, et secoué quelques écoles. Je suis attristée de voir qu’en 2014, autant de Français manifestent pour tenter de nous convaincre qu’une petite fille aime spontanément le rose et les poneys, et qu’un petit garçon préfère, dès sa naissance, le football et la bière.

La sortie du film « Jacky au royaume des filles » de Riad Sattouf, et la résurgence récemment sur internet du court-métrage « Majorité opprimée » d’Eléonore Pourriat qui jouent sur l’inversion de l’ordre hommes/femmes établi m’ont donc fortement intéressée. Dans les deux cas, les hommes prennent la place des femmes.

Ce qui est frappant, d’entrée de jeu, c’est qu’en quelques images, on comprend que les rôles ont été échangés. Un homme en burqa, un autre qui s’occupe du bébé ou fait les courses, et en face, une femme en pantalon kaki qui met les pieds sous (sur) la table, ou lance à un homme, à propos d’une prise de décision : « Mais c’est à votre femme que je devrais parler », et hop, on a compris que les rôles ont été échangés. Preuve qu’un homme à la maison, ou qu’une femme qui trouve normal de ne pas lever le petit doigt après une journée de travail, cela n’existe pas dans notre grille de lecture du monde. En résumé, une femme en burqa, c’est normal, un homme en burqa, c’est rigolo. Idem pour les réflexions disqualifiantes du type « Tais-toi ! » que lance à tout bout de champ, l’air las, Noémie Lvovsky  à Didier Bourdon, l’un de ses maris, dans « Jacky ».

ImageCet échange des rôles, s’il est censé susciter le rire, permet surtout de découvrir d’un œil neuf pourquoi les inégalités sont choquantes –et pourquoi le combat féministe est nécessaire. Une femme qui se prend une volée de remarques sexistes ou graveleuses par un ou deux hommes dans la rue est tristement banal. On subit, et on ne s’insurge même plus. Quand c’est un garçon qui essuie la concupiscence féminine, on découvre à nouveau la situation, et ce qu’elle a de pénible. Dans « Jacky » comme dans « Majorité opprimée », les héros sont aussi victimes de viol. Et l’on redécouvre l’abjection de l’inévitable remarque culpabilisante vis-à-vis de la victime (« elle l’a bien cherché »). Loufoque quand cette victime est un homme rondouillard dont la chemisette au bouton ouvert et le bermuda « au-dessus du genou » sont montrés du doigt.

Mettre un voile à un homme ou l’enfermer à la maison, comme dans ces deux fictions, peut passer pour un ressort facile de mise en scène. N’empêche, cet artifice révèle avec une grande efficacité l’absurdité d’une société entièrement basée sur les organes sexuels de ses membres.

 

Claire F.

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2 réflexions sur “L’homme est une femme comme les autres

  1. Elisabeth février 17, 2014 / 9:58

    Merci pour ce billet, eh oui le féminisme est nécessaire !

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