Projet de loi égalité hommes-femmes: ces amendements qui fâchent les anti-IVG

Si les anti-IVG se mobilisent ces dernières semaines, ce n’est pas seulement inspirés par le mauvais exemple espagnol (qui entend fixer deux conditions drastiques pour limiter l’avortement: que celui-ci soit nécessaire en raison d’un grave danger pour la vie ou la santé physique ou psychologique de la femme et/ou que la grossesse soit une conséquence d’un délit contre la liberté ou l’intégrité sexuelle de la femme, comprendre d’un viol). Ils s’opposent aussi à l’adoption par le Parlement de deux amendements concernant l’interruption volontaire de grossesse inclus dans le projet de loi égalité hommes-femmes examiné actuellement à l’Assemblée nationale. Deux amendements pourtant essentiels, on vous explique pourquoi:

  • Suppression de la notion de « situation de détresse »

Aujourd’hui, la loi autorise toute femme enceinte qui s’estime placée par son état « dans une situation de détresse » à demander une IVG. Dans le nouveau texte, cette notion de « détresse » n’existerait plus. Toutes les femmes « ne voulant pas poursuivre une grossesse » auront enfin légalement accès à l’avortement.
Il s’agit avant tout de mettre la loi au diapason de la réalité. Aujourd’hui, les femmes ne doivent pas justifier d’une situation de détresse pour avoir droit à un avortement. Toutes – quelles que soient leurs raisons et surtout sans avoir à convaincre qui que ce soit que ces raisons sont valables – peuvent le demander. Pour arriver au bout de la procédure, elles doivent s’adresser à un centre agréé (établissement d’information, de consultation ou de conseil familial, centre de planification ou d’éducation familiale, ou encore service social), où les mineures sont en plus soumises à un entretien dit « psycho-social ». Le but: apporter aux femmes une information complète et objective sur leurs différentes options, les conséquences de chacune et les accompagner si nécessaire dans leur prise de décision.
Il s’agit aussi d’éviter un potentiel retour en arrière. En effet, la notion de « situation de détresse » est à géométrie variable et une autre interprétation pourrait permettre de restreindre dans l’avenir les conditions d’accès à l’IVG. Pour éviter cela, et assurer un peu plus le droit de toutes les femmes à disposer de leur corps et de leur reproduction, il est important de changer dans ce sens le texte de loi. Car, fondamentalement, une femme – pas plus qu’un homme – n’a pas être jugée sur les raisons pour lesquelles elle souhaite ou non un enfant.
Et qu’on se le dise, un tel changement ne dispenserait pas les femmes d’être suivies et conseillées par des professionnels (médecins et conseillères conjugales et familiales, voire éventuellement psychologues) lors de leurs démarches pour obtenir un avortement, comme c’est le cas aujourd’hui.

  • extension du délit d’entrave à l’IVG

Actuellement, « le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher une interruption volontaire de grossesse », « soit en perturbant l’accès aux établissements », « soit en exerçant des menaces ou tout acte d’intimidation à l’encontre des personnels médicaux et non médicaux travaillant dans ces établissements ou des femmes venues y subir une interruption volontaire de grossesse » est un délit passible de deux mois à deux ans de prison et de 2.000 à 30.000 francs d’amende.
Or les méthodes de ceux qui cherchent à empêcher les femmes d’avorter, c’est-à-dire à les empêcher d’exercer librement un droit que la loi leur donne, ont changé. Les anti-IVG ont très vite compris l’intérêt d’internet et créé de nombreux de nombreux sites se présentant comme des plateformes d’information sur l’avortement. Des sites beaucoup mieux référencés par Google que ceux du Planning familial ou encore de l’Ancic (l’Association nationale des centres d’interruption de grossesse et de contraception) qui, on le rappelle, restent les meilleures sources d’information sur l’IVG, et aussi les plus objectives. Ces sites anti-IVG qui ne disent pas leur nom – et les numéros verts qui les accompagnent – donnent une information biaisée aux femmes, quitte à parfois mettre leur santé en danger, comme l’ont démontré certains témoignages. Les femmes qui consultent ces sites et appellent ces numéros verts sont parfois ensuite victimes de harcèlement, les militants anti-IVG les appelant jusqu’à la dernière minute dans l’hôpital où l’IVG est prévue pour tenter de les faire reculer.
C’est pourquoi un second amendement entend élargir le délit d’entrave à l’IVG en sanctionnant ceux qui tentent d’empêcher les femmes de « s’informer » : l‘édition de ces sites deviendrait donc également un délit.
Les anti-IVG parlent d’une atteinte à leur liberté d’expression. C’est faux ! Il n’est pas question d’interdire à qui que soit de s’exprimer publiquement contre l’IVG – avoir une opinion, même contestable, n’est pas un délit -, il s’agit par contre d’empêcher les anti-IVG de conseiller des femmes en se présentant comme des associations neutres ou en cachant leur position « pro-vie ».

Et on le rappelle aussi pour la route, parce que c’est le genre de chose que l’on peut entendre dans les manifestations anti-IVG, les autorités et les associations comme le Planning familial ou l’Ancic n’ont pas pour objectif caché de convaincre les femmes d’avorter massivement ! Il s’agit de professionnels formés pour gérer ce genre de situations, qui n’ont pas d’idées préconçues sur ce que la femme qu’ils rencontrent devrait ou non faire de sa grossesse.

Pour contrecarrer ces sites pro-vie, le gouvernement a aussi lancé récemment sa propre plateforme d’information OB-JEC-TI-VE  (ça ne fait jamais de mal de le rappeler non plus) sur l’IVG: http://www.sante.gouv.fr/ivg.
Dans l’intérêt des femmes, il faut qu’il reste en tête des recherches avec les mots clés « avortement » ou encore « IVG ». N’hésitez donc par à y faire un tour pour booster un peu les statistiques, comme le proposait ELLE il y a quelques jours. Il est de notre ressort à tous de défendre le droit à l’avortement et, vous avez de la chance, vous pouvez le faire sans même bouger de votre fauteuil.

R.

PS: Et pour celles et ceux qui voudraient bouger de leur fauteuil quand même, il y a une manif le samedi 1er février. Informations par ici: https://www.facebook.com/events/463766723728171/?ref_dashboard_filter=upcoming

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2 réflexions sur “Projet de loi égalité hommes-femmes: ces amendements qui fâchent les anti-IVG

  1. mirelaladouce janvier 28, 2014 / 12:43

    Merci beaucoup pour ce billet, j’ai appris des trucs et je suis ravie des positions du gouvernement et des initiatives qu’il a pris à la fois sur Suppression de la notion de « situation de détresse » et sur extension du délit d’entrave à l’IVG…
    Je vais à la manif à Lille samedi.

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