Loi anti-avortement: la sale machine à remonter le temps

Depuis quelques semaines, les débats, émissions et témoignages consacrés à la loi « anti-avortement » en Espagne se font de plus en plus nombreux. Si l’Espagne avait été un des premiers États européens à autoriser l’IVG en 1936 en Catalogne, le gouvernement espagnol fait aujourd’hui un sacré bond en arrière. Au pays des bordels institutionnalisés, quel est le sens d’une telle loi ?

On pensait que l’IVG était un acquis sur lequel nul ne pouvait revenir. On pensait encore hier pouvoir assumer sa vie de femme et disposer de son corps. Je pensais en me levant lundi matin que j’étais maitresse, en tant que femme, de ma vie sexuelle. Or, mardi, trois députés UMP proposaient de déposer un amendement visant à dérembourser l’IVG. Dimanche, entre 16 000 et 40 000 personnes défilaient à Paris pour dénoncer une « banalisation totale » de l’IVG. Il y a quelques semaines, le Pape François, pourtant salué pour son ouverture d’esprit, parlait d’une « pratique affreuse ». En Italie, 80% des médecins refusent de pratiquer l’IVG, invoquant une clause de conscience.

En 1980, Simone de Beauvoir prédisait: « Il suffira d’une crise politique économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question ». Je pense qu’on y est. L’exemple espagnol en est assez symptomatique, et ces manifestations et demandes émanant des politiques sont tout aussi inquiétantes. Les conditions en France de recours à l’avortement ne sont pas non plus toujours garanties, en témoigne le dernier rapport du Haut-Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Faut-il vraiment rappeler que l’avortement est un droit et une liberté ? Faut-il redire qu’une femme meurt toutes les huit minutes dans le monde des suites d’un avortement clandestin ? Quel avenir promet-on aux femmes ? L’assurance d’être enfermée dans un rôle reproductif dans lequel la sexualité n’est pas synonyme de plaisir mais de préservation de l’espèce humaine ? A-t-on vraiment envie de devoir à nouveau se tourner vers celles qu’on appelait les « faiseuses d’anges » ? D’avorter à l’aide d’une aiguille à tricoter ou d’un cintre ? Parce que c’est ça aussi qui arrivera s’il l’on restreint l’accès à l’avortement. Comme cela arrivait déjà régulièrement avant que l’avortement soit légalisé.

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Le droit à l’avortement permet aux femmes de disposer de leur corps et de leur sexualité. Il n’est en rien une obligation. Personne aujourd’hui, et certainement pas les pouvoirs publics, n’obligent les femmes à pratiquer une IVG. La loi permettant d’avoir recours à un avortement doit être appliquée et doit offrir des services de qualité sans distinction de milieu social ou d’éducation. Le droit à l’avortement est une liberté fondamentale des femmes qui doivent pouvoir l’exercer. Cette loi est un véritable enjeu d’égalité et de démocratie. Le remettre en question nous ramènerait des années en arrière et effacerait de facto des luttes et progrès de la condition de la femme en France mais aussi en Europe. Remettre en question le droit à l’avortement, c’est tout simplement nier la liberté des femmes et leur adresser un rappel à l’ordre quant à leur sexualité.

Les femmes ne sont pas des poules pondeuses, elles sont responsables et ont tout autant le droit que les hommes de maîtriser leur sexualité et leur reproduction librement.

C.

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2 réflexions sur “Loi anti-avortement: la sale machine à remonter le temps

  1. Choubaka janvier 23, 2014 / 11:47

    Je suis en tous points d’accord avec toi et cet article. En espérant que la Belgique ne suive pas cet exemple. Je tiens jsute à préciser (je m’éloigne un tout petit peu du sujet) que l’avortement ne doit pas être une facilité. Et là je pense aux certaines filles (des pays développés comme les nôtres) qui ne se protègent pas, tombent enceinte puis veulent l’avortement. Et exemple plus précis, celle d’une demoiselle qu’à deux reprises à fait un enfant « dans le dos » (j’aime pas l’expression…car c’est pas facile d’être « fécondée » si l’homme te tourne le dos 😉 on se comprend) à son amoureux, qui lui ne voulait surtout pas d’enfants à l’époque. Ce qui l’a obligé à avorter à plusieurs reprises (je me suis arrêtée à deux, ça devenait trop compliqué leur histoire pour moi!). Car tout d’abord l’avortement est une épreuve douleureuse, tant pour le corps que pour le psychique. Ce n’est pas une partie de plaisir!!!

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