La disparition. Mais où est donc passé le nom de famille des femmes politiques ?

Il y a quelques mois, une « copine féministe en colère » m’a envoyé cet article sur l’autobiographie de Cécilia Attias. L’objet de son irritation (et par la suite de la mienne), cette expression qui manifestement se voulait un compliment : « celle que l’on a fini par appeler Cécilia« . Comprendre : une femme qui a « réussi sa vie » devrait être honorée d’avoir perdu au passage son nom de famille.

C’est particulièrement le cas des femmes politiques, nous le verrons certainement encore dans les mois à venir, avec les élections municipales et européennes qui se profilent. Arlette (Laguillier), Martine (Aubry) ou encore Najat (Vallaud-Belkacem) comptent parmi les premières victimes de ce raccourcissement. Ségolène Royal, elle, en est certainement le meilleur exemple. Lors de la campagne de la présidentielle de 2007, son surnom « Ségo » était sur toutes les lèvres, sans que qui que ce soit semble penser à mal. Pourtant, appeler publiquement son adversaire Nicolas Sarkozy « Nico » aurait indéniablement été considéré comme insultant, une moquerie, une manière de pointer du doigt son incompétence. Comment expliquer cette différence de traitement ?

L’utilisation du prénom des femmes politiques ne date pas d’hier : Simone Weil était souvent réduite à un simple Simone. Catherine Achin, professeure en science politique, explique :

« Ca reflète la minorisation des femmes en politique. Ca renvoie à quelque chose d’extérieur, qu’on doit protéger, dans une logique paternaliste. Rien de nouveau donc, mais ce type de réactions est renforcé par la mise en œuvre de la parité et donc la féminisation du domaine politique. Tous les discours qui accompagnent la parité justifient l’entrée des femmes avec un discours différentialiste : elles feraient de la politique différemment, de manière plus humaine, plus proche des gens. L’usage de leur prénom vient renforcer cette idée qu’elles entrent en politique sur un mode différent des hommes, alors qu’eux et leur nom de famille incarnent véritablement le costume du politicien. Mais ce ne sont pas seulement les politiques qui utilisent ce cadrage, les journalistes également.Tous les médias traitent de manière différenciée les hommes et les femmes politiques : ils utilisent leurs prénoms, parlent de leur apparence physique, de leur entourage… »

Seules quelques femmes politiques, à l’image de Christine Lagarde et Michèle Alliot-Marie, échappent à ce traitement. La première, car elle est entrée en politique en tant qu’experte et n’a pas à faire la preuve de sa compétence, la seconde car elle ne joue pas sur la différence des sexes, incarne une manière « masculine » de faire de la politique, indique Catherine Achin. Conclusion : il faudrait avoir déjà fait la preuve de sa compétence ou ne pas se comporter « comme une femme » pour avoir le droit à un nom de famille.

Devrions-nous mal le prendre ? Probablement. En tout cas, moi, je ne le prendrais pas très bien, dans mon travail, d’être réduite à un prénom souvent synonyme de jeunesse et d’incompétence. Tout comme je ne prendrais pas très bien d’être réduite à mon physique ou à mon statut marital.

Et pourtant, certaines femmes politiques semblent en avoir fait une stratégie, à l’image de Ségolène Royal. « Ca peut en être une, mais ce qui est embêtant c’est qu’on a l’impression que c’est la seule carte que les femmes politiques peuvent jouer, alors que le registre de la compétence leur est inaccessible. Il semble qu’elles ne peuvent pas adopter d’autres stratégies, contrairement aux hommes », déplore Catherine Achin. Et nous également…

D’autant que cette stratégie est loin d’avoir fait ses preuves. Le « Ségo » a plutôt desservi Ségolène Royal, unique femme à avoir véritablement eu une chance d’être élue à la présidence de la République. Chez nous, seule Marine Le Pen semble y trouver un réel avantage, dans sa stratégie de « dédiabolisation » du Front national. Autour de nous, seule Angela Merkel – qui s’est récemment rebaptisée « Angie » dans la campagne pour son troisième mandat de Chancelière – est parvenue à se faire élire grâce à (et non pas aux dépens de) son prénom.

Jouer le jeu du prénom serait donc un luxe que seules celles qui ont déjà fait leurs preuves au sommet de l’Etat peuvent s’offrir. D’ici à ce que les choses changent, nous ferions peut-être bien de réclamer l’usage de nos noms de famille.

R.

PS: un peu de lecture pour celles et ceux qui n’en auraient pas eu assez

Hors-série de la revue Genre, sexualité et société sur la présidentielle de 2012

L’usage par les médias du prénom d’Hillary Clinton lors de la primaire démocrate de 2008

Et aussi un extrait de la série américaine « Scandal » qui pointe bien le doigt sur le traitement différencié des femmes politiques .

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