« Mon fils veut des chaussures rose à paillettes de fille… Que faire ? »

Depuis peu, certains de mes amis ont des enfants. Une immense révolution pour eux, une petite pour moi dans mon approche des problématiques féministes. Les questions qu’ils se posent quant à l’éducation « genrée » de leurs petites filles et petits garçons m’interrogent sur des aspects du sexisme ordinaire -et donc du féminisme comme réponse au sexisme- que je n’avais pas encore explorés.

Probablement grâce à ce blog, ils partagent avec moi certaines des questions qu’ils se posent au quotidien : ma fille ne parle que de Barbie et de princesses en ce moment, je dois la laisser fantasmer sur ce monde girly-rose-bonbon ou tenter de lui ouvrir l’esprit à des activités de « garçon » ? mon fils a flashé sur des chaussures rose à paillettes, est-ce que je dois lui acheter en sachant que des adultes risquent d’en rire ?

A chaque fois, j’ai envie de répondre « banco ». Pourquoi priver ses enfants de ce qui leur fait plaisir parce que ça serait trop féminin ou pas assez masculin ? J’ai été une petite fille qui adorait La Belle et la Bête de Disney et ne voulait en aucun cas porter de pantalons, mais j’aimais aussi regarder le Tour de France sur les genoux  de mon grand-père. Aujourd’hui, je suis journaliste sportive, mais j’aime aussi beaucoup le vernis à ongles. J’aime le rock qui tache et les Spice Girls. J’ai eu la chance de grandir en ayant le droit d’aimer ce que je voulais, sans que les stéréotypes genrés ne me fassent trop culpabiliser d’être « fifille » ou « garçon manqué ».

Ca, c’est pour le principe d’éducation. Ta fille ne jure que par le rose ? Pas de problème (ça n’est pas anti-féministe pour autant). Ton fils ne jure que par le rose ? Pas de problème non plus (ça ne veut pas dire qu’il est FORCEMENT homosexuel – car, soyons honnêtes, pour certains, c’est bel et bien la question qui se pose et la raison pour laquelle ils se moquent).

Ce qui ne gêne plus, c’est le jugement de valeur entre les sexes qui pointe derrière ces questions et que nous ne voyons presque plus: les comportements, les caractéristiques, les goûts que l’on prête aux garçons et aux hommes seraient-ils donc meilleurs que ceux que l’on prête aux filles et aux femmes ?

En parlant avec mon ami dont le petit garçon veut des « chaussures roses de fille », je me suis demandée s’il hésiterait tellement s’il avait plutôt une petite fille qui voulait des « chaussures de garçon ». Probablement pas. Pourquoi ? Ce qui l’inquiétait surtout, c’est que les gens se moquent de son fils. Il y a fort à penser qu’en effet une petite fille avec une paire de baskets bien « masculines » essuiera moins de regards critiques. Il serait donc plus acceptable qu’une petite fille soit un « garçon manqué », plutôt qu’un petit garçon soit une « fille manquée » (pas la peine, je pense, que je rappelle ici à quel point ces expressions sont idiotes et stigmatisantes). Par extension, il serait donc plus acceptable d’être un garçon ou de vouloir y ressembler que d’être une fille ou de vouloir y ressembler.

Soyons honnêtes, même moi j’ai plus tendance à me vanter de très bien connaître le sport que d’avoir vu Twilight une dizaine de fois parce que j’aime bien les histoires d’amour contrariées. Parce que j’ai, malgré tout mon féminisme, intégré que l’activité dite masculine vaut plus que l’activité dite féminine et fait de moi une personne plus intéressante ?

R.

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