Typologie du sexisme made in téléréalité

Ca y est, c’est officiel : c’est Naoëlle qui a gagné Top Chef. Une victoire féminine dans le domaine paraît-il très macho de la grande cuisine, on aurait pu s’en réjouir, mais non. Parce que Naoëlle a bien horripilé son monde. Et moi la première. Pourquoi ? Au fil des épisodes, elle est devenue LE cliché de la femme qui réussit, celui qu’on nous ressert à chaque fois pour nous expliquer qu’une femme à un poste à responsabilité pourquoi pas, mais plusieurs non.

J’ai moi même adoré la détester, puis je me suis posé la question : Naoëlle est elle vraiment aussi insupportable qu’elle en a eu l’air dans les derniers épisodes de Top Chef ? Probablement pas, vu que ses concurrents semblent plutôt l’apprécier. Et si c’était la production qui n’avait gardé d’elle que les images validant le cliché ? Et si les émissions de téléréalité ne faisaient pas constamment entrer leurs concurrentes dans des rôles sexistes et clichés ? Petite typologie des filles de la téléréalité :

– La bimbo. C’est LA figure féminine par excellence de la téléréalité, incarnée à son origine par Loana et dernièrement par Nabilla dans les Anges de la téléréalité. Grande, mince, jolie, la poitrine refaite, toujours très court vêtue, la bimbo se fait connaître par ses photos dénudées, ses histoires d’amour sans lendemain et ses petites phrases un peu naïves voir carrément co-connes (je fais évidemment référence ici au fameux « Allo t’as pas de shampoing » de Nabilla).

Pourtant, malgré les tentatives de la « production » de la réduire au rôle de ravissante idiote, la bimbo n’est pas si bête que ça. Pour preuve, Nabilla mène très, très bien sa barque commerciale.

– La damoiselle en détresse. Elle est jolie, quoi que moins spectaculaire que la bimbo, et intelligente. Elle a « tout pour elle », selon une expression consacrée par la téléréalité, est pourtant la damoiselle en détresse n’a pas confiance en elle. Si elle participe à cette émission, c’est parce qu’elle doute beaucoup d’elle même. Elle a besoin qu’on reconnaisse ses innombrables qualités pour enfin commencer à les voir elle aussi. C’est la « Belle » de la Belle et ses princes presque charmants, si souvent malmenée par les hommes, ou Magalie, la « girl next door » gagnante du Bachelor.

– L’émotive. Une héroïne de la téléréalité, se doit de pleurer, beaucoup, souvent, pour tout et pour rien. Quand elle évoque ses parents, ses enfants, son compagnon ou son chichouaoua, la fille de téléréalité pleure. Voilà pour le cliché de la petite chose fragile (mais un peu irritante), comme Naoëlle dans Top Chef.

– La peste. C’est la spécialité de Secret Story. Je ne sais pas comment ils se débrouillent, mais leur casting de pestes est  sans faille. C’est simple, ils ratent jamais leur coup. La peste, donc, dit beaucoup de mal des uns et des autres dans leur dos. Personne n’est meilleur qu’elle pour monter ses concurrents les uns contre les autres, puis intervenir dans les disputes en criant encore plus fort que le tout le monde. Cerise sur le gâteau, la peste est possessive et jalouse, elle a souvent un homme sous son emprise qu’elle manipule, houspille, castre…

– L’ambitieuse. Vous l’avez reconnue, c’est Naoëlle de Top Chef. Elle veut réussir et rien ne l’arrêtera. Ce trait de caractère, que l’on valorise pourtant chez les hommes, est chez elle constamment critiqué. La vilaine, elle ne remercie pas quand on l’aide, elle vole, elle enguirlande ses adversaires. Bref, elle est présentée comme une vraie harpie.

Pour une étude plus poussée de clichés sexistes imposés aux héroïnes de téléréalité, je vous conseille vivement Hollywood Girls. La première téléréalité entièrement scénarisée réussit l’exploit d’être construite entièrement sur des personnages féminins clichés au possible. Dans le rôle de la bimbo, je demande Ayem, dans celui des damoiselles en détresse Caroline et Chloé et dans celui de la peste Sandra.

Ceci dit, qu’on se rassure, au petit jeu du sexisme, les héros de téléréalité ne sont pas mieux traités. Ces messieurs ont même encore moins de clichés avec lesquels se débattre. Comme dans la Belle et ses princes presque charmants, ils sont soit laids mais gentils, intelligents, doux, drôles, plein d’amour à donner, soit beaux mais futiles et cruels, intéressés uniquement par leurs muscles et leurs tatouages et surtout pas par les sentiments des autres.

Mais beaux ou laids, ils ont tous un point commun: ce sont des chasseurs, des prédateurs. Que ce soit dans La Belle…, Le Bachelor ou Hollywood Girls, ils sont là pour séduire une femme ou, plus souvent, un maximum  de femmes.

R.

Pour un autre point de vue sur le personnage de Nabilla, la téléréalité et le sexisme, c’est par là.

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