Oui la culture du viol existe, elle est même universelle

La semaine dernière, la blogosphère féministe puis Twitter se sont émus du sort réservée à une victime de viol aux Etats-Unis. Rappellons les faits brièvement : il y a environ un an, une jeune fille américaine a subi un viol collectif à Steubenville. Les deux coupables (qui avaient eu la brillante idée de se filmer, histoire de ne laisser aucun doute sur leur culpabilité) viennent d’être jugés. Ils écopent d’une peine de prison légère (un an de détention). L’ironie de cette histoire, c’est que personne ou presque ne s’émeut de ce jugement somme toute relativement clément. Non, ce qui émeut l’Amérique, et tout particulièrement CNN, c’est le destin brisé des deux coupables. Tous deux membres de l’équipe de football américain de leur lycée, ils étaient promis à un brillant avenir, qu’une petite bêtise est venue perturber. La victime, quant à elle, a été accusée de s’être habillée trop courtement, d’avoir trop bu, d’être sortie seule, et j’en passe. Etrangement, quand une femme se fait violer et le dénonce, on lui demande souvent comment elle était habillée, si elle avait bu au moment des faits, si elle est sûre d’avoir bien signifié son désaccord, si elle n’a pas provoqué, incité son agresseur.

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La culture du viol, c’est tout simplement ça : demander à une victime si elle n’a pas tendu le bâton pour se faire battre. C’est reporter la faute sur elle et trouver des circonstances excusant le coupable. La culture du viol passe par dire que les hommes ont des « besoins », plus que les femmes. « Vous comprenez, c’est hormonal, ils n’y peuvent rien ».

Combien de fois a-t-on entendu nos mères, nos pères nous dire de ne pas rentrer seule, tard le soir après une soirée ? Combien de fois a-t-on agité devant nous le risque du viol? La culture du viol, c’est aussi élever nos filles en leur rappelant régulièrement le risque qu’elles encourront toute leur vie. Dans ma famille, je ne me souviens pas avoir entendu les mères dirent à leurs fils de ne pas rentrer seuls d’une soirée. Je ne me souviens pas avoir entendu mes grands-mères, mes tantes, mes parents demander aux garçons de se changer pour des vêtements plus couvrants. Non, vraiment jamais, pourtant mes parents sont loin d’être d’affreux tortionnaires. En revanche, moi je me souviens avoir eu à changer de vêtements pour sortir. Je sais aussi que ma mère ne dormait pas vraiment tant que je n’étais pas rentrée à la maison quand j’étais au lycée. Je me souviens aussi qu’on m’avait prêté un jean pour rentrer après une soirée en banlieue par le premier RER vers Paris. « Bah ouais, ça craint le RER, t’es en robe là ». Et si même les potes s’y mettent… En même temps, je ne leur jette pas la pierre (Pierre), ni à mes parents d’ailleurs. Moi aussi j’ai bien intégré tous ces facteurs de risque qu’on me décrit depuis mon adolescence. Et c’est bien là le problème. Tous ces risques rabâchés maintes fois prouvent que la peur du danger pour les filles a été bel et bien intégrée par tous. Les risques inhérents à la condition féminine sont maintenant complètement entrés dans les esprits. Une femme peut se déplacer seule dans l’espace public mais à ses risques et périls.

En début d’année, une jeune indienne de 22 ans s’est fait violer par plusieurs hommes dans un bus et a succombé à ses blessures. A ce moment là, le monde entier s’en est ému. Depuis, une loi est passée en Inde pour punir plus sévèrement les crimes commis contre les femmes. En février dernier, on disait qu’un verrou avait sauté. Qu’à présent, on parlerait du viol et qu’on tâcherait de l’empêcher. Si ce tabou est peut-être moins fort aujourd’hui, force est de constater que la culture du viol ne l’est pas moins. Certes, Rome ne s’est pas faite en un jour, mais c’est bien pour ça qu’il faut continuer de parler de la culture du viol et de la dénoncer pour qu’un jour elle n’existe plus.

C.

Par ici d’autres articles sur cette affaire aux US:

Crêpe Georgette : La culture du viol

Daria Marx : Merci de ne pas me violer

Retour sur l’affaire de Steubenville par Le Nouvel Obs

Page Wikipedia dédiée à l’affaire de viol collectif en Inde et ici un article du New York Times sur la loi votée

Un exemple en Egypte également, paru dans le New York Times de ce matin

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