Petit guide collaboratif de survie au travail

L’autre jour, en pause déj avec mes collègues, on parlait des pratiques sexuelles un peu goujates de certaines stars de la chanson française et du sport (faut bien que ce boulot qui ne connaît ni weekends ni jours fériés ait un avantage. En l’occurrence, il s’agit des rumeurs). Et, de cette façon qu’ont parfois les conversations d’évoluer vers tout autre chose sans que vous ne le voyiez venir, on s’est mis à parler harcèlement sexuel au travail (si vous êtes psy, je ne veux pas connaître votre opinion sur ce changement de sujet, merci).

Donc, les collègues-hommes se demandaient comment certains d’entre-eux pouvaient péter les plombs à ce point. Les collègues-femmes étaient beaucoup moins surprises. Pourquoi ?

Parce qu’entre vingt et trente ans, au bout de quelques années de vie professionnelle, la plupart ont déjà rencontré un type qui pousse-le-bouchon-un-peu-trop-loin-Maurice. Je ne parle pas forcément de chantage ou d’envoi de photos du type en question nu sur la photocopieuse, mais d’attitudes qui flirtent avec les limites, qui, sans être pénalement répressibles, n’ont pas pour autant leur place au travail.

C. et moi, ça fait un moment qu’on parle de monter une rubrique qui recenserait ces histoires là. L’idée, c’est que toutes les deux, on commence à raconter les nôtres et les moyens qu’on a trouvés -ou pas- pour s’en sortir. Vous, chères lectrices -ou lecteurs d’ailleurs, pourquoi pas- êtes libres d’emprunter ensuite ce blog pour raconter les vôtres…

« Tu peux viser ma joue steuplait ? »

Pour moi, donc, c’était pendant un de mes premiers stages dans la presse, dans un grand quotidien régional, j’avais 22 ans.

Tous les jours, un type d’un autre service, la cinquantaine bien tapée venait nous dire bonjour. Or, dans la grande famille de la presse, pour se dire bonjour, on se fait la bise. Et ce type me faisait la bise juste sur le coin des lèvres.

La première fois, je lui ai laissé le bénéfice du doute : il visera mieux demain. Mais demain et les jours d’après, il n’a pas mieux visé. Là encore, malgré une drôle de sensation liée, je pense, à son grand sourire satisfait, je lui ai encore laissé le bénéfice du doute : il vise peut-être mal tout court ?

Puis, je me suis aperçue que le type n’avait manifestement de problème d’appréciation des distances qu’autour de moi, alors que mes collègues avaient droit à des bisous beaucoup plus chastes, les petits veinards…

Me voilà donc à me demander comment je vais m’éviter ce moment aussi désagréable (je n’avais AUCUNE envie d’un contact physique avec ce type) qu’humiliant (jeune stagiaire, je ne suis donc qu’une quantité négligeable à laquelle tu oses faire des choses que tu ne te permettrais avec personne d’autre).

J’ai d’abord tenté de faire des grands cercles du cou quand il me faisait la bise pour le forcer à se replier sur ma joue. Mais le mec visait très bien en fait et n’avait pas l’air de comprendre du tout ce que signifiait mon air dégouté. Raté…

L’esclandre en plein open space « tu peux viser ma joue steuplait ? » me paraissait risqué alors que je n’étais là que pour deux mois de stage.

En parler à mes collègues ou à mon rédac chef ? Je n’ai pas osé. Je ne connaissais pas vraiment le monde du travail ni les collègues en question, beaucoup plus âgés. Je ne savais pas comment dire les choses ou si je serai prise au sérieux. Imaginez une conversation qui commence par : « Chef, y a Bidule qui m’embrasse toujours sur le coin de la bouche alors qu’il embrasse les autres sur la joue, ça me gêne terriblement. Tu peux lui en parler ? ».

A tort ou à raison, je n’ai pas osé mettre les pieds dans le plat. L’offense n’était-elle pas trop petite ? Difficile à prouver ? Qui croire de la petite nouvelle ou du collègue de toujours ? Et puis, je pouvais bien tenir deux mois…

Donc j’ai tenu, en allant me cacher dans les toilettes à l’heure à laquelle le serial-kisseur avait pris l’habitude de passer. A croire que ma vessie était réglée comme une horloge.

Certes, je me suis épargné par mal de petites humiliations quotidiennes. Mais aujourd’hui, si c’était à refaire, j’en parlerais à une collègue pour savoir ce qu’elle en pense. Je mettrais les pieds dans le plat pour éviter d’avoir à me regarder tous les après-midi dans le miroir des toilettes en me demandant ce que je fais cachée là.

R.

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5 réflexions sur “Petit guide collaboratif de survie au travail

  1. ph novembre 13, 2012 / 3:34

    t’aurais du lui parler de ton herpès …

      • ph novembre 13, 2012 / 5:28

        Si je peux rendre service 😉 si je puis me permettre ça manque de conseils pratiques pour un guide de survie :p

  2. I. novembre 14, 2012 / 9:38

    Beau sujet R.
    Je cumule moi-même au moins 3 anecdotes assez croustillantes que je vais partager vous les féministes, le ciel, et ta mère donc.
    Episode 1: 2 KOs pour mon boss – 0 pour moi. Je finis sacrément mal à l’aise et quitte mon job au bout de 3 mois.
    A l’époque donc je travaille pour un artiste au Maroc. En plus d’être tendancieux en permanence alors que l’on travaille aussi avec sa femme – je passe sur les nombreux commentaires déplacés au quotidien – il essaie donc une première fois de s’avancer derrière moi alors que je travaille et de m’embrasser sur la nuque. Je m’énerve et lui dit que quand même ça va 2 mn mais il ne faut pas non plus pousser mémé dans les orties. Problème: je suis ici depuis 1 mois, mon copain m’a rejoint il y a 2 semaines pour trouver du boulot, je ne peux pas trop me casser. Une deuxième fois, il doit faire un film de commande de 3 mn pour une expo, qqch d’orientaliste avec une femme qui pose nue sur un divan. Bien sur, il me demande de poser pour lui, pour l’amour de l’art. Quand je lui dis non pas moyen, il me fait remarquer que vraiment je suis coincée, les artistes c’est comme ça et je ferai bien de faire des efforts si j’ai des velléités artistiques qu’elles quelles soient.
    Episode 2: 1 Ko pour mon boss – 0 pour moi. Je rêve encore parfois que je suis poursuivie par un petit bonhomme libidineux à lunettes. Autant vous dire que ça m’a traumatisée.
    Je bosse pour un musée, mon boss de l’époque vient d’avoir un enfant, il fait parfois des commentaires limites mais je me dis qu’il doit être comme ça, que c’est de l’humour et que je vois surement le mal partout. Je finis ma mission. Rien d’horrible à déclarer 2 ans après je le recontacte pour qu’il me recommande pour un job, ce qu’il fait très gentiment. Je le vois donc pour discuter autour d’un café et lui communique mon numéro perso pour le retrouver. Sauf que après le café il m’envoie plusieurs textos, essaie même de m’appeler un soir et me dis notamment d’emmener ma ravissante petite jupe (que je portais le jour du café) dans le pays ou je m’apprête à partir parce qu’elle me va a ravir.
    Voilà, si c’était à refaire, je réagirais plus fermement, surtout pour l’épisode 1. Mais c’était la première fois que j’étais confrontée à ce problème et j’ai surtout réalisé après coup à quel point tout ceci m’avait pourri la vie. L’épisode 2, malheureusement, à part être fortement dégoûtée, je ne pouvais pas y faire grand chose.

  3. C.S. novembre 14, 2012 / 11:17

    Huuum toutes ces histoires me font rêver !!!

    Je voudrais profiter de ce post pour casser une petite idée reçue.
    La plupart de temps, lorsque l’on parle harcèlement sexuel au travail, l’image d’un vieux libidineux, court sur pattes, à petites lunettes rondes, de 40/50ans, s’impose à notre esprit.
    Mais ma petite machine à dégout à moi, ne dépassait pas les 22ans alors que j’en avais 24.

    Cet été là, je bossais, une fois de plus, en tant qu’animatrice dans une colonie de vacances.
    Mon boss, donc, faisait sa première saison en tant que directeur et trimballait avec lui une sérieuse réputation de Don Juan, issue des saisons précédentes. Oui, tout se sait en colo.
    Nouveau aux fonctions de directeur, il était évident qu’il peinait quelque peu à trouver son style.
    Nous avons donc passé les deux mois de l’été à voguer entre une gestion militaire de l’équipe et de nos charmants bambins et une ambiance malsaine faite d’allusions libidineuses et de strip-twister (charmant jeu de son invention).

    A titre d’exemples, je citerais la fois où, surveillant la veillée du soir, il me demande l’air de rien si je me masturbe souvent.
    Notons également le moment où, engagée avec d’autres animateurs dans une folle bataille d’oreillers il se retrouve, on ne sait comment avec ses mains sur mes seins…

    Mais le meilleur reste et restera à tout jamais le fameux épisode du bureau.
    Revenant de la plage avec les enfants – et donc en maillot de bain, parce que c’est comme ca qu’on s’habille pour aller à la plage l’été – il me demande de rester au centre pendant que tout le monde, petits et grands, part flâner en ville.
    La raison ? la comptabilité.
    En effet, j’envisageais de passer à des fonctions de direction l’été d’après, et il me proposait d’apprendre à faire la compta’…charmante attention.

    Je me retrouve donc, assise devant l’ordinateur, en maillot de bain, dans son minuscule bureau, et LUI assis entre la porte et moi.
    Instinctivement très mal à l’aise, je me dis, « Bon, là t’es coincée ma fille, mais pas de panique. Il dépasse les bornes des limites, tu hurle! ».
    Oups…c’est vrai…le centre est vide.
    Grand moment de solitude.
    Moment de solitude encore plus grand quand il se met à écrire sur mon dos au feutre noire indélébile le prénom de l’animateur avec qui il me soupçonnais de m’acoquiner.

    Moment d’horreur quand il commence à s’amuser à défaire le noeud de mon haut de maillot.

    J’ai probablement dû me sortir de cette impasse en râlant qu’il était lourd et que j’avais mieux à faire que sa compta….Peu glorieux.

    Ce qui reste assez magnifique dans cette histoire, c’est cette petite réflexion de fin de saison : « Nan mais avoue, si j’avais pas eu ma copine, toi et moi, on se serait fait plaisir… ».

    Brave garçon.

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