Abolition de la prostitution, le grand malentendu

Ce matin, C. m’a envoyé un article pour avis, une chronique de Peggy Sastre, journaliste science et sexe, pour Le Plus. Le titre, « Prostituées : pourquoi tant de haine de la part des abolitionnistes ? », résume bien le propos : les féministes abolitionnistes mépriseraient les prostituées « volontaires ».

Ce qui perturbait C. : nous sommes toutes les deux abolitionnistes et nous n’avons aucune haine envers les prostituées.

Abolitionnistes, qu’est-ce-que ça veut dire ? Je suppose que la notion est variable, mais pour moi, il s’agit tout simplement de dire : je ne veux pas vivre dans une société qui considère normal que des personnes – hommes, femmes ou enfants – soient contraintes de vendre leurs services sexuels pour gagner leur vie. Et j’en ai marre d’entendre « la prostitution, mais c’est le plus vieux métier du monde ! ». Parce que pour « se payer une pute », qu’est-ce qu’il faut ? De l’argent. Et pour avoir de l’argent, qu’est-ce qu’il faut ? Du travail. CQFD.

Ca n’est pas une question de « dignité », de « respect » ou quoi que ce soit d’autre, c’est d’abord une question de « contrainte ». Que des hommes ou des femmes jouant les macs ou tenant des maisons closes gagnent leur vie  en prenant un pourcentage sur les relations sexuelles tarifées de leurs « employés » me révolte. Que des étudiants/étudiantes ou des mères célibataires se prostituent pour boucler leurs fins de mois « parce que c’est ce qui rapporte le plus » me parait aussi tenir de la contrainte, même si je comprends que ce deuxième point de vue soit ouvert à discussions.

Et oui, c’est aussi une question de principe : pour moi, on ne paye pas pour avoir une relation sexuelle. Point. Je dis « pour moi » car je comprends que tout le monde ne partage pas mon avis. Je comprends bien que cet avis résulte des valeurs avec lesquelles j’ai été élevée ou que je me suis créées, mais c’est un de ceux fondamentaux pour lesquels je suis prête à me battre.

Je suis donc abolitionniste : j’espère qu’un jour la prostitution ne sera plus qu’un vague souvenir. Plus concrètement, pour y arriver, je pense qu’il faut pénaliser les clients, parce que ce sont eux qui permettent au système de perdurer en injectant l’argent, le nerf de la guerre. Pour les prostituées par contre, dans la mesure où je considère que la prostitution est dans la plupart des cas le résultat d’une contrainte physique, psychologique ou sociale, il faut des garanties.  L’abolition ne doit pas être synonyme de déclassement social ou de perte totale de revenus.

Alors oui, je veux bien entendre qu’il y a des femmes qui considèrent se prostituer « librement » et qu’elles ne veulent pas arrêter sans rien dire leur activité. Ce sont elles, estime Peggy Sastre, qui sont victimes du mépris, parfois des insultes des féministes abolitionnistes. C’est là que se situe le grand malentendu : en tant que féministe abolitionniste, non, je ne les méprise pas, mais je vois leur cas comme l’exception et non comme la règle.

Il y aura certainement toujours des femmes qui se prostitueront par choix, parce qu’elles auront les moyens de choisir leurs clients et que les sommes gagnées vaudront la peine à leurs yeux, mais ça n’est pas pour elles que nous demandons l’abolition, c’est pour celles qui n’ont pas eu le choix et qui sont hélas la majorité.

R.

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