Fifty Shades of n’importe quoi

Au moment de rédiger les premières lignes de ce post, je ne suis qu’appréhension… Vous allez donc très bientôt connaître un de mes pires secrets, le genre qu’il est même difficile d’assumer devant ses amis les plus proches. Oui, j’ai lu la trilogie romantico-porno-SM « Fifty Shades of Grey ». Mais qu’on se rassure, j’ai détesté. Pour ma défense, il s’agissait de comprendre l’engouement pour cette série de bouquins (et notamment celui de Brett Easton Ellis qui a tellement aimé qu’il clame pourtant qu’il veut en faire un film). Et franchement, vu la médiocrité du truc (l’appellation « livre » serait usurpée), on pourrait presque parler de sens du sacrifice.

Le pitch, pour ceux qui auraient eu la chance de passer à côté, est le suivant : Anastasia Steele, 21 ans, jeune beauté vierge (car incapable de voir l’intérêt que 90% de la gente masculine porte à sa petite personne, qu’elle trouve par ailleurs insignifiante) rencontre par hasard le beau et ténébreux Christian Grey, riche milliardaire de 27 ans à la vie sentimentale et sexuelle trouble (lui profite bien de l’intérêt que 90% de la gente féminine porte à sa petite personne).

Attirée par le mystère et l’odeur de souffre qui entoure le bellâtre, elle tombe amoureuse. Attiré par l’innocence de la jeune bécasse, il tombe aussi amoureux. Le hic, c’est que Christian a été adopté après avoir assisté au meurtre de sa mère prostituée par un mac. Mac qui à ses heures perdues utilisait le petit garçon comme cendrier (je sais, c’est moche, très moche, et pourtant l’auteur arriverait presque à faire de la maltraitance des enfants un sujet anodin). Depuis, il n’est pas très bien dans sa tête et a trouvé comme exutoire les relations SM impliquant de battre des jeunes femmes ressemblant à sa mère (c’est moche, encore, je sais). J’ajoute pour celles et ceux qui ne sont pas encore au comble de l’horreur que c’est une amie de la mère adoptive du jeune Christian qui lui a appris tout ça quand il avait (roulement de tambours) 15 ans !

Christian propose donc d’abord à Anastasia d’être son esclave les weekends pour une période d’essai de trois mois. La jeune fille tente, mais ça ne lui plaît pas trop (à part les coups de cravache qu’elle apprécie pas mal malgré un sentiment de culpabilité). Ils se séparent. Mais ils sont trop tristes. Donc ils se remettent ensemble. Et là, tous les amoureux/amoureuses éconduits du couple de méga bombes sexuelles formé par Christian et Anastasia vont tenter de les empêcher de vivre leur « happily ever after ». (vous avez dit cliché ?)

Heureusement, on en tremblait d’inquiétude, nos deux tourtereaux  après avoir échappé quinze fois chacun à la mort, vont pouvoir se marier et avoir beaucoup d’enfants, alors qu’ils sont ensemble depuis trois mois, littéralement…

Et là, la moindre fibre féministe de mon être s’est crispée. Anastasia n’a pas très envie de se marier, elle se trouve un peu jeune, tout ça… Mais vu que son Christian a peur qu’elle le quitte s’ils ne se marient pas, elle dit oui. Anastasia s’en fout des fringues, mais comme Christian aime les nanas bien sapées, elle accepte qu’il lui achète des vêtements hors de prix qu’elle ne choisit pas. Anastasia a envie de continuer à conduire sa vieille voiture, mais comme Christian a peur qu’elle ait un accident, elle l’autorise à lui acheter une voiture plus sûre. Anastasia aimerait bien continuer de vivre avec sa copine Kate, mais comme Christian a peur qu’elle soit attaquée par un pervers, elle accepte d’aller vivre chez lui… Et j’en passe et des meilleures.

Tous ces sacrifices parce que son chéri est très malheureux au fond de son coeur et que pour « le ramener vers la lumière » (je cite), il faut bien faire quelques sacrifices. Quitte à y laisser son libre-arbitre et à en venir à penser qu’aller boire un verre dans un bar avec sa meilleure pote sans l’autorisation préalable de son bien-aimé ni la présence de gardes-du-corps est la pire des transgressions.

« Fifty Shades of Grey », sous couvert d’une histoire d’amour épique et vaguement transgressive (voire les scènes de sexe SM par ailleurs pas franchement réussies), c’est surtout une belle leçon de renoncement : comment une jeune fille qu’on nous présente au début comme brillante et indépendante abandonne tout ce à quoi elle tient pour un type qui a décidé de contrôler sa vie. Le tout légitimé par le fait que si le type en question a tellement besoin de contrôle, c’est qu’il est très malheureux et qu’on peut donc bien lui passer tous ses caprices.

Ajoutons enfin que Christian, lui, ne renonce qu’à une chose : frapper Anastasia à coup de canne ou de ceinture « parce que ça fait vraiment trop mal ».

Bref, une vision du couple égalitaire, moderne, progressiste, toute en nuances… Tout ce qu’on a envie de voir les jeunes filles lire aujourd’hui. Ou pas.

R.

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