#6: Revue de web féministe

Une revue de web très Slate et Terriennes cette semaine, mais que voulez-vous, ces gens sont bons quand il s’agit de traiter de sujets qui nous tiennent à coeur🙂

Slate s’intéresse à la place des femmes dans les films

Mais aussi à la notion de consentement en référence à l’affaire du Carlton et le ticket de métro d’Ovidie dresse un bilan pertinent et percutant qu’il faut lire.

Madame l’Ambassadeur ou comment la diplomatie française cherche à intégrer plus de femmes au sein de ses équipes. C’est à lire sur Terriennes

Puisque ça faisait longtemps qu’on avait pas parlé un peu de sexe, un article assez drôle et pertinent d’Ovidie sur la sodomie et la fellation qui seraient bonnes pour la santé… des femmes uniquement

Enfin, R. parle séries sur Cheek, et plus précisément de The Fall pour ceux qui cherchent une nouvelle série de qualité.

Avec tout mon féminisme,

C.

PS: petit rappel, on a une page Facebook par ici si vous voulez suivre la mise en ligne des nouveaux posts!

Mauvaises féministes ?

J’ai plaisir à me maquiller. J’ai adoré la série des « Twilight ». J’ai beau avoir écrit un post pour descendre Robin Thicke, je me trémousse à chaque fois que j’entends « Blurred Lines ». J’ai déjà dit « je n’aime pas les ambiances de filles ». Je l’avoue: je suis une mauvaise féministe. Cela doit-il pour autant m’interdire de tenir un blog féministe ? Non.

Ma réponse est la même que celle de l’auteure américaine Roxane Gay, qui a publié il y a quelques mois « Bad feminist« . Il y a un moment que je voulais chroniquer ce livre, sans trouver le bon angle d’attaque. C’est finalement la dessinatrice et blogueuse BD Diglee qui m’en donne l’occasion. Il y a quelques jours, elle postait une critique féministe du film d’horreur « It follows ». Critique qui a déclenché une avalanche de reproches qui l’ont poussé à ce fendre d’un autre post. Elle n’a pas toujours été la parfaite féministe, irréprochable sur tous les points, la voilà donc obligée de justifier son féminisme.

« En prônant l’acceptation de soi et la liberté de porter ce que l’on veut, je me suis un peu mélangée, j’ai diffusé des messages contradictoires. Mais être tombée dans le piège ne devrait pas m’interdire d’en sortir », répond Diglee. Ne pas avoir été un paragon de féminisme ne devrait pas interdire de se poser des questions sur les films, les livres, la société, sur soi-même… ou de poser ces questions à d’autres.

C’est en somme ce que dit Roxane Gay dans la collection d’essais qu’elle a compilés pour « Bad feminist ». Sans pitié pour ses propres failles, elle se penche sur chacun de ses travers, sur toutes ces choses « pas féministes » qui la touchent, qu’elle apprécie, ces comportements qu’elle ne peut pas totalement assumer. Plus que décomplexant, le résultat est édifiant: il prouve qu’il est tout à fait possible de porter un regard critique, féministe, sur des choses que l’on apprécie tout en sachant que d’un point de vue purement rationnel, oui, on a tort de le faire (Taylor Swift et Katy Perry, c’est pour vous les filles !). Bref, qu’une bonne féministe se nourrit de la mauvaise féministe qu’il y a en elle.

Aucune d’entre nous n’est la parfaite féministe. Cela dit, ça ne devrait pas nous empêcher d’être féministes et de le clamer haut et fort. Qui  donc est mieux placé qu’une féministe pour le savoir ?

Pourtant, les critiques qu’essuie Diglee, les critiques qui ont motivé Roxane Gay, émanent essentiellement de féministes. Alors oui l’esprit critique est ce qui fait avancer le mouvement, ce qui permet de travailler ses arguments pour être plus percutant(e)s. Mais, à l’heure où les attaques extérieures contre les féministes sont en recrudescence, portées par les masculinistes, je me dis que nous gagnerions peut-être à arrêter d’être nos meilleures ennemies.

R.

#5 Revue de web féministe

La semaine dernière, R. et moi avons pas mal lu sur les choses de la santé et de l’hôpital :

Slate a publié une longue enquête assez instructive sur le sexisme dans le monde de la médecine, notamment suite à l’affaire de la fresque qui représenterait un viol collectif dans la salle de garde du CHU de Clermont-Ferrand,

Article qui a été l’occasion de consulter ce post d’une interne sur le phénomène des touchers vaginaux pratiqués sur des patients anesthésiés sans leur consentement,

Terriennes de TV5 Monde a mis en ligne un article très documenté concernant l’excision,

Finalement, on s’éloigne un peu du sujet médecine, cet article de NewsRepublic évoque le traitement réservé aux femmes qui tombent enceintes alors qu’elles travaillent et comment cela est parfois mal perçu par la société,

Et la dessinatrice Diglee s’est penchée sur le sexisme au cinéma à travers l’exemple du (mauvais) film d’horreur It Follows.

Bonne lecture!

« Viol ordinaire », « drame familial »: et si on arrêtait les euphémismes ?

A l’attention ceux qui ne me connaissent pas ou n’ont pas pris le temps de lire la rubrique « Mais qui sont-elles ?« , ce post doit commencer par une précision: quand je n’alimente pas la blogosphère féministe, je suis journaliste. Ici, j’ai déjà réagi aux propos, aux « dérapages » de confrères mais je ne crois pas m’être interrogée sur la façon dont, moi, j’exerce mon métier. Et puis j’ai voyagé à Portland, aux Etats-Unis, pour enquêter sur cette Mecque du féminisme (autopromo éhontée, je sais). J’ai notamment visité les locaux du magazine féministe et pop BITCH. En feuilletant leurs derniers numéros, je suis tombée sur un très court article, un billet d’humeur plutôt, qui reprochait aux médias français leur frilosité face à la violence conjugale, invariablement classée dans la rubrique « faits divers ».

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Réflexe corporatiste ? J’ai d’abord pensé « elle est à côté de la plaque celle-là »: tous les actes de violence isolés entrent dans la rubrique « faits divers », pas seulement quand ils sont commis contre des femmes. Mais l’idée à fait son chemin. Les violences, sexistes ou non, ont peut-être plus leur place parmi les « faits de société » que parmi les « faits divers ».  Surtout, nous journalistes avons une bien étrange tendance à l’euphémisme quand il s’agit de violence conjugale.

Quand un homme tue la femme qui partage sa vie (ou l’inverse, même si c’est moins fréquent), pourquoi parler de « séparation qui tourne mal », de « drame familial » ? Une « séparation qui tourne mal », ce sont deux personnes qui s’aimaient et ne peuvent plus se voir en peinture, pas un meurtre. Un « drame familial », c’est autre chose que la volonté de faire souffrir la personne que l’on dit aimer au point de lui ôter la vie. Pourquoi chercher des périphrases pour désigner un acte qui a déjà un nom: « violence conjugale » ? Encore plus quand ces périphrases atténuent autant la gravité des faits ?

Il faut appeler un chat un chat. Ou un viol un viol.

Il y a peu, le Collectif féministe contre le viol lançait une campagne rappelant que l’écrasante majorité des femmes violées, autour de 80%, le sont par une personne qu’elles connaissent.

Cette campagne a été largement relayée dans les médias, avec un drôle de titre faisant référence au « viol ordinaire ». Pourtant, j’ai vérifié, nulle part dans le dossier de presse ne figurait cette expression. Et pour cause…

Que serait donc un « viol ordinaire » ? « Ordinaire », me confirme le Larousse, signifie « conforme à l’ordre établi, normal, courant, habituel ». Un acte de violence n’est jamais normal ou habituel. Pourtant nous le laissons penser en parlant de « viol ordinaire », légitimant l’air de rien les criminels plutôt que leurs victimes.

Par opposition, que serait un « viol extraordinaire » ? La malchance, le mauvais endroit et le mauvais moment, la rencontre fortuite avec un violeur en série, parfois doublé d’un meurtrier ? Ces viols là ne sont pas plus extraordinaires, ils sont seulement plus rares mais surmédiatisés. Nous, journalistes, laissons penser qu’il existe une échelle de gravité entre les viols. C’est faux. Comme un meurtre est un meurtre, un viol est un viol, qu’il soit commis par un proche ou un inconnu. Là encore, l’euphémisme n’a pas sa place.

Au moment du vote de la loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes, portée par la ministre des Droits des Femmes Najat Vallaud-Belkacem, une disposition avait scandalisé les écoles de journalisme. Elle leur demandait d’inscrire « la lutte contre les stéréotypes, les préjugés sexistes, les images dégradantes, les violences faites aux femmes et les violences commises au sein des couples » à leur programme. Les écoles avaient crié à l’ingérence, la ministre avait questionné la pertinence d’une telle mesure, intégrée au projet de loi par les parlementaires. Faut-il passer par la loi pour faire réfléchir les journalistes ? Je ne sais. Il est en tout cas plus que temps pour nous de nous poser ces questions.

R.

#4 Revue de web féministe

En ce premier dimanche de février, voici les articles qui nous ont intéressés ces deux dernières semaines:

TV5 Monde a publié un atlas de la condition féminine ;

La dernière campagne sur le viol qui montre que la plupart des victimes connaissent leur violeur, c’est à voir sur Cheek ;

Un post sur le blog d’Ovidie qui revient sur le revenge porn ;

Un article de la merveilleuse R. sur Portland, ville féministe, à lire aussi sur Cheek.

Féministement vôtre,

C.

#6 Post of Love : Bougez pour l’IVG

Comme vous avez déjà dû vous en rendre compte, Le ciel le féminisme et ta mère a toujours défendu le droit à l’IVG en France. Si l’IVG semble être un acquis dans notre pays, y avoir accès reste encore parfois complexe. A l’occasion des 40 ans de la promulgation de la loi libéralisant l’avortement en France, le 17 janvier, plusieurs associations féministes mènent une action commune afin de rappeler les grands principes de la loi et faire en sorte que ce droit ne soit pas/plus menacé.

Tout le monde peut y participer à son niveau. 3 possibilités :

– Se rendre demain à l’événement #bougezpourLIVG en s’inscrivant ici. 

– Signer la pétition pour un droit à l’avortement en Europe en suivant ce lien

– Communiquer auprès de ses proches pour leur rappeler, comme le disait Simone de Beauvoir il y a plus de 30 ans : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question”.

Pour aller plus loin, vous pouvez relire nos articles sur le sujet ici :

Projet de loi égalité hommes / femmes, ces amendements qui fâchent les anti-IVG

La loi anti-avortement, sale machine à remonter le temps

Ou consulter le dossier de TV5 Monde sur la loi Veil.

En espérant que cela vous donnera envie d’agir🙂

C.